À l’aube du nouveau millénaire, le Dub poursuit sa transformation. Loin de se limiter à l’héritage jamaïcain des décennies précédentes, ses principes (basse profonde, répétition, espace, effets et culture du sound system) alimentent de nouvelles formes de musiques électroniques.
Au Royaume-Uni, une nouvelle scène se développe dans le sud de Londres à partir de l’héritage du UK Garage, du 2-step, du Dark Garage, de la Jungle et du Dub. De cette rencontre émerge progressivement le Dubstep, dont le son se cristallise au début des années 2000 autour de Croydon, de Big Apple Records et de la soirée FWD>>.
Pendant ce temps, en France et en Suisse, une nouvelle génération de sound systems développe ses propres systèmes de diffusion et ses propres productions. Les années 2000 voient également Internet transformer profondément la manière dont les artistes Dub produisent, partagent et découvrent la musique avec l’arrivée du streaming notamment (lancement de Spotify en 2006 et de Deezer en 2007).
Au tournant des années 2000, Croydon, dans le sud de Londres, devient l’un des principaux foyers d’une nouvelle musique électronique.
Le magasin de disques Big Apple Records devient un point de rencontre essentiel pour les jeunes producteurs et DJs de la scène Garage. Dans le même temps, la soirée FWD>>, créée par Sarah Lockhart et Neil Jolliffe d’Ammunition Promotions, offre un espace où peuvent être testés des morceaux de plus en plus sombres, minimaux et riches en basses.
[UK Garage / 2-Step / Dark Garage] + [Influence Dub & Jungle] ─> [Nouveau groove minimal] + [Sub-bass] ─> [Dubstep]
Les premiers morceaux que l’on associera au Dubstep apparaissent progressivement autour de 2001-2003, avant que le nom « Dubstep » ne se généralise. Il est important de préciser tout de même que les premières productions « proto-Dubstep » datent de la fin des années 1990.
Au début des années 2000, des producteurs comme Digital Mystikz (Mala & Coki), Loefah, Skream et Benga, dans l’environnement développé notamment par DJ Hatcha, entreprennent de simplifier et de ralentir la sensation rythmique du Garage tout en accentuant l’influence du Dub et des basses.
Le nouveau son se caractérise notamment par :
Le Dubstep n’est donc pas uniquement du UK Garage « ralenti ». Il est le résultat de plusieurs évolutions simultanées et de l’expérimentation de nombreux producteurs.
Le magasin Big Apple Records, ouvert en 1992 à Croydon, joue un rôle important dans cette évolution. Hatcha y travaille derrière le comptoir et devient l’un des DJs les plus influents de la scène naissante. Des producteurs comme Skream, Benga et Mala y apportent leurs nouvelles productions et leurs dubplates.
Le phénomène se structure également autour des soirées FWD>>, qui débute aux Velvet Rooms à Soho avant de s’installer au Plastic People en 2005. Les morceaux joués lors de ces soirées contribuent directement à définir l’identité de ce nouveau genre musical.
En 2005, Mala, Coki et Loefah lancent les soirées DMZ à Brixton (la première soirée a lieu en Avril). Leur objectif est de créer un espace dédié à cette nouvelle musique et à la culture de la basse.
Le premier catalogue DMZ comprend des titres comme Twisup, Dubsession, puis Neverland, Root et Haunted / Anti War Dub. Ces sorties participent à la définition d’un Dubstep plus sombre, plus dépouillé et fortement influencé par le Roots et le Dub.
Le slogan « Come meditate on bass weight » résume parfaitement l’approche de cette scène : la basse n’est plus seulement une composante musicale, elle devient une expérience physique.
Tandis que Londres voit émerger le Dubstep, une autre dynamique se développe sur le continent européen. La culture du sound system britannique et jamaïcain inspire de nouveaux crews qui construisent leurs propres systèmes de diffusion et développent leurs propres productions.
La France et la région genevoise deviennent notamment des territoires particulièrement actifs.
Impossible de parler du Dub dans les années 2000 sans évoquer le crew OBF. Né en 2004 dans la région franco-genevoise, O.B.F. développe progressivement son activité autour de Genève. Le collectif associe notamment Rico, Operator G et Stef et construit sa réputation grâce à ses sélections, ses productions et son imposant système de sonorisation.
O.B.F. puise dans plusieurs traditions : Roots Reggae, Dub, UK Steppers et cultures sound system, auxquelles le collectif ajoute des influences plus contemporaines.
Au cours des années 2000, le sound system devient notamment connu pour ses événements à L’Usine de Genève, où les soirées Dubquake commencent à prendre de l’importance à partir de 2006.
Le style O.B.F. évoluera ensuite largement, intégrant diverses influences issues des musiques urbaines et électroniques. Le crew donnera naissance ensuite au label Dubquake Records en 2014.
En France, le collectif Blackboard Jungle, fondé à Rouen en 1994, joue un rôle important dans la reconstruction de la culture sound system britannique et jamaïcaise.
Après plusieurs années consacrées à la collection de disques et à l’organisation de soirées, le collectif construit son propre système de diffusion en 1999. Le premier scoop fabriqué maison est testé à la fin de cette année. Le système sera ensuite agrandi progressivement au fil des années.
Cette démarche illustre parfaitement le caractère artisanal et technique de la culture sound system : le système d’enceintes, les amplificateurs, le préamplificateur et les effets font partie intégrante de l’identité du crew, tout comme le style et le visuel de ces différents éléments.
Les années 2000 voient deux transformations majeures toucher le Dub.
D’une part, les ordinateurs et les logiciels de Musique Assistée par Ordinateur (MAO) rendent la production électronique progressivement plus accessible.
D’autre part, l’Internet haut débit permet aux artistes indépendants de diffuser directement leurs morceaux auprès d’un public international sans dépendre exclusivement des circuits traditionnels du disque.
Cette évolution sera particulièrement importante dans le Dub électronique français.
À Tours, le projet Ondubground apparaît en 2004, porté par les deux frères Olo et Art-X (Simon et Paul). Leur musique mêle Dub, instruments live, machines et influences électroniques.
En 2005, ils créent ODGProd (Original Dub Gathering Productions), qui devient progressivement un important label et une plateforme de diffusion pour une nouvelle scène Dub numérique.
ODGProd se distingue notamment par une approche très ouverte de la diffusion en ligne et par la mise à disposition gratuite de nombreuses productions. Cette politique contribue à donner une visibilité internationale à une génération de producteurs qui travaillent largement en dehors des circuits traditionnels du disque.
Parmi les artistes associés à cet écosystème figure notamment Panda Dub, dont les premières productions apparaissent sur ODGProd à partir de 2009.
Le modèle n’est pas seulement musical : il participe à la constitution d’une véritable communauté numérique autour du Dub électronique.
En l’espace de dix ans, le Dub démontre à nouveau sa capacité à se réinventer.
Le Dubstep reprend l’importance accordée aux basses par le Dub et la transpose dans une nouvelle architecture rythmique issue notamment du UK Garage.
Au début des années 2000, cette musique reste profondément liée à une culture de dubplates, de DJs et de sound systems. Elle devient ensuite progressivement internationale avant de connaître des transformations stylistiques et commerciales majeures à la fin de la décennie
La diffusion numérique réduit considérablement les barrières d’accès à la production et à la distribution.
Des structures comme ODGProd permettent à de jeunes artistes de diffuser leur musique directement sur Internet, parfois gratuitement, auprès d’un public qui n’est plus limité à leur scène locale.
Ce nouveau modèle favorise la constitution de communautés internationales et facilite les échanges entre producteurs.
Les années 2000 voient également se développer de nombreux sound systems européens construits ou améliorés artisanalement.
La fabrication de scoops, l’utilisation d’amplificateurs puissants et la conception sur mesure des systèmes de diffusion prolongent une tradition ancienne du sound system tout en l’adaptant aux nouvelles scènes Dub européennes.
En France, le parcours de Blackboard Jungle, qui commence à construire son propre système en 1999, constitue un exemple particulièrement documenté de cette démarche.
Dubstep : apparition à Croydon à la fin des années 1990. Brostep : apparition en Amérique du Nord en 2010.
Le Dubstep originel privilégie l’espace, les sub-basses, les rythmiques dépouillées et l’influence du Dub. Le Brostep, apparu ensuite, pousse davantage la saturation, les basses agressives et les contrastes spectaculaires. Skrillex contribue fortement à sa popularisation internationale à partir de la fin des années 2000 et surtout au début des années 2010.
Ondubground est créé à Tours en 2004 par Olo et Art-X. En 2005, ils fondent ODGProd, qui contribue à diffuser gratuitement en ligne une nouvelle génération de Dub électronique indépendant.
O.B.F. contribue à faire le lien entre le Roots Reggae, le Dub, le Steppers britannique et la culture sound system contemporaine. Son implantation autour de Genève et le développement de ses propres soirées et équipements participent à structurer une scène Dub francophone particulièrement influente.
Les soirées DMZ, lancées en 2005 à Brixton par Mala, Coki et Loefah, sont l’un des lieux fondateurs du Dubstep. Elles privilégient les morceaux exclusifs, les fortes basses et une expérience collective centrée sur le sound system.